Buch 
Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
Entstehung
Seite
487
JPEG-Download
 

ACTE I, SCÈNE HT.

487

SCÈNE III.

PHÈDRE, ŒNONE.

PHÈDRE.

N’allons point plus avant. Demeurons, chère CEnone.Je ne me soutiens plus; ma force m’abandonne :

Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,

Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.Hélas!

Elle s’assied.

OENONK.

Dieux tout-puissants, que nos pleurs vous apaisent!

IM1ÈDRE.

Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !Quelle importune main, en formant tous ces nœuds,

A pris soin sur mon front d’assembler mes cheveux ?

Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire.

OENONE.

Comme on voit tous ses vœux l’un l’autre se détruire !Vous-même, condamnant vos injustes desseins,

Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ;

Vous-même, rappelant votre force première,

Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière.

Vous la voyez, madame; et, prête à vous cacher,

Vous haïssez le jour que vous veniez chercher !

PHÈDRE.

Noble et brillant auteur d’une triste famille,

Toi, dont ma mère osait se vanter d’être fille,

Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois,

Soleil, je te viens voir pour la dernière fois !

OENONE.

Quoi ! vous ne perdrez point cette cruelle envie ?

Vous verrai-je toujours, renonçant à la vie,

Faire de votre mort les funestes apprêts?

PHÈDRE.

Dieux ! que ne suis-je assise à l’ombre des forêts !

Quand pourrai-je, au travers d’une noble poussière,

Suivre de l’œil un char fuyant dans la carrière !

OENONE.

Quoi, madame !