492
PHEDRE.
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée ;C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J’ai conçu pour mon crime une juste terreur :
J’ai pris la vie en haine, et ma llamme en horreur;Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,Et dérober au jour une llamme si noire :
Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;
Je t’ai tout avoué : je ne m’en repens pas,
Pourvu que de ma mort respectant les approchesTu ne m’affliges plus par d’injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappelerUn reste de chaleur tout prêt à s’exhaler.
SCÈNE IV.
PHÈDRE, ŒNONE, PANOPE. *
PANOl’E.
Je voudrais vous cacher une triste nouvelle,Madame; mais il faut que je vous la révèle.
La mort vous a ravi votre invincible époux ;
Et ce malheur n’est plus ignoré que de vous.
OENONE.
Panope, que dis-tu? ,
PANOPE.
Que la reine abusée
En vain demande au ciel le retour de Thésée,Et que, par des vaisseaux arrivés dans le port,llippolyte, son fils, vient d’apprendre sa mort.
PANOPE.
Pour le choix d’un maître Athènes se partage ;Au prince votre fils l’un donne son suffrage,
Madame ; et de l’État l’autre oubliant les loisAu fils de l’étrangère ose donner sa voix :