Buch 
Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
Entstehung
Seite
493
JPEG-Download
 

493

ACTE I, SCÈA E V.-

Ou dit même qu’au trône une brigue insolenteVeut placer Aride et le sang de Pallante.j’ai cru de ce péril vous devoir avertir.

Déjà même Hippolyte est tout prêt à partir ;

Et l’on craint, s’il paraît dans ce nouvel orage,

Qu’il n’entraîne après lui tout un peuple volage.

OC-NOM-.

Panope, c’est assez : la reine, qui t’entend,

Ne négligera point cet avis important.

SCÈNE y.

^ PHÈDRE, ŒNONE.

OKNONE.

Madame , je cessais de vous presser de vivre,

Déjà même au tombeau je songeais à vou* suivre;

Pour vous en détourner je n’avais plus de voix :

Mais ce nouveau malheur vous prescrit d’autres lois.Votre fortune change, et prend une autre face :

Le roi n’est plus, madame ; il faut prendre sa place.

Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez;Esclave s’il vous perd, et roi si vous vivez.

Sur qui, dans son malheur, voulez-vous qu’il s’appuie?Ses larmes n’auront plus de main qui les essuie ;

Et ses cris innocents, portés jusques aux dieux,

Iront contre sa mère irriter ses aïeux.

Vivez; vous n’avez plus de reproche à vous faire :Votre ilamme devient une flamme ordinaire;

Thésée en expirant vient de rompre les nœudsQui faisaient tout le crime et l’horreur de vos feux.Hippolyte pour vous devient moins redoutable;

Et vous pouvez le voir sans vous rendre coupable.Peut-être, convaincu de votre aversion,

(1 va donner un chef à la sédition :

Détrompez son erreur, fléchissez son courage.

Roi de ces bords heureux, Trézène est son partage;Mais il sait que les lois donnent à votre filsLes superbes remparts que Minerve a bâtis.

Vous avez l’un et l’autre une juste ennemie :Unissez-vous tous deux pour combattre Aride.

42