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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE TTI, SCÈNE I.piiedre.

CEnone, il peut quitter cet orgueil qui te blesse ;

Nourri dans les forêts, il en a la rudesse,llippolyte, endurci par de sauvages lois,

Entend parler d’amour pour la première fois :

Peut-être sa surprise a causé son silence,

Et nos plaintes peut-être ont trop de violence.

OENONE.

Songez qu’une barbare en son sein l’a formé.

PHÈDRE.

Quoique Scythe et barbare, elle a pourtant aimé.

OENONE.

Il a pour tout le sexe une haine fatale.

PHÈDRE.

Je ne me verrai point préférer de rivale.

Enfin tous tes conseils ne sont plus de saison :

Sers ma fureur, CEnone, et non point ma raison.

11 oppose à l’amour un cœur inaccessible :

Cherchons pour l’attaquer quelque endroit plus sensible.Les charmes d’un empire ont paru le toucher;

Athènes l’attirait, il n’a pu s’en cacher ;

Déjà de ses vaisseaux la pointe était tournée,

Et la voile flottait, aux vents abandonnée.

Va trouver de ma part ce jeune ambitieux,

Œnone; fais briller la couronne à ses yeux;

Qu’il mette sur son front le sacré diadème :

Je ne veux que l’honneur de l’attacher moi-même.Cédons-lui ce pouvoir que je ne puis garder.

Il instruira mon fds dans l’art de commander ;

Peut-être il voudra bien lui tenir lieu de père :

Je mets sous son pouvoir et le. fds et la mère.

Pour le fléchir enfin tente tous les moyens;

Tes discours trouveront plus d’accès que les miens;Presse, pleure, gémis; peins-lui Phèdre mourante;

Ne rougis point de prendre une voix suppliante :

Je t’avouerai de tout ; je n’espère qu’en toi.

Va : j’attends ton retour pour disposer de moi.