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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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PHÈDRE.

Mes homicides mains, promptes à me venger,

Dans le sang innocent brûlent de se plonger.Misérable! Et je vis ! et je soutiens la vueDe ce sacré soleil dont je suis descendue!

J’ai pour aïeul le père et le maître des dieux ;

Le ciel, tout l’univers est plein de mes aïeux :

Où me cacher? Fuyons dans la nuit infernale.

Mais que dis-je! mon père y tient l’urne fatale;

Le sort, dit-on, l’a mise en ses sévères mains:

Minos juge aux enfers tous les pâles humains.

Ah! combien frémira son ombre épouvantéeLorsqu’il verra sa fille, à ses yeux présentée,Contrainte d’avouer tant de forfaits divers,

Et des crimes peut-être inconnus aux enfers,

Que diras-tu, mon père, à ce spectacle horrible?

Je crois voir de ta main tomber l’urne terrible;

Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau,Toi-même de ton sang devenir le bourreau.Pardonne. Un dieu cruel a perdu ta famille :Reconnais sa vengeance aux fureurs de ta lille.Hélas! du crime affreux dont la honte me suitJamais mon triste cœur n’a recueilli le fruit :Jusqu’au dernier soupir de malheurs poursuivie,

Je rends dans les tourments une pénible vie.

OE.VONE.

Hé ! repoussez , madame , une injuste terreur,Regardez d’un autre œil une excusable erreur.

Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée :

Par un charme fatal vous fûtes entraînée.

Est-ce donc un prodige inouï parmi nous?

L’amour n’a-t-il encor triomphé que de vous?

La faiblesse aux humains n’est que trop naturelle :Mortelle, subissez le sort d’une mortelle.

Vous vous plaignez d’un joug imposé dès long-tempsLes dieux mômes, les dieux, de l’Olympe habitants,Qui d’un bruit si terrible épouvantent les crimes,

Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes.

l'IlKIUlE.

Qu’entends-je! Quels conseils ose-t on me donner!Ainsi donc jusqu’au bout tu veux m’empoisonner,Malheureuse ! Voilà comme, tu m’as perdue.