ACTE V, SCÈNE VI. 529
THÉRAMKNE.
O soins tardifs et superflus ! ■
Inutile tendresse! Hippolyte n’est plus.
THÉSÉE.
Dieux !
TI1ÉRAMÈNE.
J’ai vu des mortels périr le plus aimable,
Et j’ose dire encor, seigneur, le moins coupable.
THÉSÉE.
Mon fds n’est plus! Hé quoi! quand je lui tends les bras,Les dieux impatients ont bâté son trépas !
Quel coup me l’a ravi? quellé foudre soudaine?
THÉRAMÈNE.
A peine-nous sortions des portes de Trézène,
Il était 'sur son char ; ses gardes affligésImitaient son silence, autour de lui rangés :
Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes;
Sa main sur les chevaux laissait flotter les rênes :
Ses superbes coursiers, qu’on voyait autrefoisPleins d’une ardeur si noble obéir à sa voix,
L’œil morne maintenant et la tête baissée,
Semblaient se conformer à sa triste pensée.
Un effroyable cri, sorti du fond des flots,
Des airs en ce moment a troublé le repos;
Et du sein de la terre une voix formidableRépond en gémissant à ce cri redoutable.
Jusqu’au fond de nos cœurs notre sang s’est glacé :
Des coursiers attentifs le crin s’est hérissé.
Cependant, sur le dos de la plaine liquide,
S’élève à gros bouillons une montagne humide :
L’onde approche, se brise, et vomit à nos yeux ,
Parmi des flots d’écume, un monstre furieux.
Son front large est armé de cornes menaçantes;
Tout son corps est couvert d’écailies jaunissantes;Indomptable taureau , dragon impétueux,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux ;
Ses longs mugissements font trembler le rivage.
Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage;
La terre s’en émeut, l’air en est infecté,
Le flot qui l’apporta recule épouvanté.
Tout fuit; et, sans s’armer d’un courage inutile,
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