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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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KST1IER.

ô ô'i

Conservait sous la cendre encor le même orgueil.D'où lui vient, cher ami, cette impudente audace?Toi, qui dans ce palais vois tout ce qui se passe,Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui?

Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui?

HYDASl'E.

Seigneur, vous le savez, son avis salutaireDécouvrit de Tliarès le complot sanguinaire.

Le roi promit alors de le récompenser :

Le roi, depuis ce temps, paraît n’y plus penser.

AMAN.

Non, il faut à tes yeux dépouiller l’artifice :

J’ai su de mon destin corriger l’injustice :

Dans les mains des Persans jeune enfant apporté,Je gouverne l’empire où je fus acheté;

Aies richesses des rois égalent l’opulence;Environné d’enfants, soutiens de ma puissance ,

]1 ne manque à mon front que le bandeau royal :Cependant (des mortels aveuglement fatal!)

De cet amas d’honneurs la douceur passagèreFait sur mon cœur à peine une atteinte légère;Mais Mardochée, assis aux portes du ‘s,

Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits;

Et toute ma grandeur me devient insipideTandis (pie le soleil éclaire ce perfide.

HYDASPE.

Vous serez de sa vue affranchi dans dix.jours :

La nation entière est promise aux vautours.

AMAN.

Ah ! que ce temps est long à mon impatience!

C’est lui (je te veux bien confier ma vengeance)C’est lui qui, devant moi refusant de ployer,

Les a livrés au bras qui les va foudroyer.

C’était trop peu pour moi d’une telle victime :

La vengeance trop faible attire un second crime.

Un homme tel qu’Aman, lorsqu’on l’ose irriter,Dans sa juste fureur ne peut trop éclater.

Il faut des châtiments dont l’univers frémisse;Qu’on tremble en comparant l’offense et le suppliceQue les peuples entiers dans le sang soient noyés