A CT K I, S CT. Mi 1. ô53
Je veux qu’on dise un jour aux siècles effrayés :
Il fut des Juifs; il fut une insolente race;
Répandus sur la terre, ils en couvraient la face :
Un seul osa d’Aman attirer le courroux ;
Aussitôt de la terre ils disparurent tous.
mn.\si‘E.
Ce n’est donc pas, seigneur, le sang amaléciteDont la voix à les perdre en secret vous excite ?
AMAN.
Je sais que, descendu de ce sang malheureux,
Une éternelle haine a dû m’armer contre eux ;
Qu’ils firent d’Amalec un indigne carnage ;
Que, jusqu’aux vils troupeaux , tout éprouva leur rage;Qu’un déplorable reste à peine fut sauvé :
Mais, crois-moi, dans le rang où je suis élevé ,
Mon âme, à ma grandeur tout entière attachée,
Des intérêts du sang est faiblement touchée.
Mardochée est coupable; et que faut-il de plus?
Je prévins donc contre eux l’esprit d’Assuérus;
J’inventai des couleurs; j’armai la calomnie;
J’intéressai sa gloire ; il trembla pour sa vie :
Je les peignis puissants, riches, séditieux ;
Leur dieu même ennemi de tous les autres dieux.
Jusqu’à quand souffre-t-on que ce peuple respire ,
Et d’un culte profane infecte votre empire?
Etrangers dans la Perse, à nos lois opposés,
Du reste des humains ils semblent divisés ,
N’aspirent qu’à troubler le repos où nous sommes,
Et, détestés partout, détestent tous les hommes.Prévenez, punissez leurs insolents efforts;
De leur dépouille enfin grossissez vos trésors.
Je dis; et l’on me crut. Le roi, dès l’heure même,
Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême : «
Assure , me dit-il, le repos de ton roi ;
Va, perds ces malheureux : leur dépouille est à toi.
Toute la nation fut ainsi condamnée.
Du carnage avec lui je réglai la journée.
Mais de ce traître enfin le trépas différéFait trop souffrir mon cour de son sang altéré.
Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.
Pourquoi dix jours encor faut-il que je le soie?
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