582 ' PRÉFACE D’ATIIALIE.
par un grand-pr«*tre qui , le regardant çominc l'unique espérance de sa nation ,l’avait jostruit de bonne heure dans tous les devoirs de la religion et de laroyauté. Il n’en était pas de même des enfants des Juifs, que de ta plupart «lesnôtres : ou leur apprenait les saiutes lettres, non-seulement dés qu’ils avaientatteint l’usage de la raison, mais, pour me servir de l'expression de saint Paul, dèsla mamelle. Chaque Juif était obligé d’écrire mie foi? en sa vie, de sa propre main,le volume de la loi tout entier, les rois étaient même obligés de l’écrire deux fois;et il leur était enjoint de l'avoir continuellement devant les yeux. Je puis dire ici«pie la France voit en la personne d.un prince de huit ans et demi, qui fait au-jourd’hui ses plus chères délices, un exemple illustre de ce «pie peut dans unenfant un heureux naturel aidé‘d’une excellente éducation; et que si j’avais donnéau petit Joas la même vivacité et le même discernement qui brillent dans les re-parties de ce jeune prince, on m’aura-it accusé avec raison d’avoir péché contre lesrègles de la vraisemblance.
L’àge de Zacharie, fils du grand-prétre, n’élant point marqué, on peut lui sup-poser. si l’on veut, deux ou trois ans de plus qu’à Joas.
J*ài suivi l’explication de plusieurs commentateurs fort habiles, qui prouvent,par le texte thème de L’Ecriture, que tous ces soldats à qui Joîada , ou Joad ,comme il est appelé dans Josèphe, fit prendre les nrines consacrées à Dieu parDavid, étaient autant de prêtres et de lévites, aussi bien que les cinq centeniersqui les commandaient. En efte», disent ces interprètes, tout devait être saint dansune sî sainte action , et aucun profane n’y «levait être employé. Il s’y agissait non-seulement de conserver le sceptre dans la maison de David, mais encore de «von-server à ce grand roi cette suite de descendants dont devait naître le Messie. « Car«ce Messie, tant de fois 'promis comme fils d’Abraham . devait aussi être fils «le« David et de tons les rois de Juda. » De là vient «}ue l’illustre et savantprélat ( * ) de qui j'ai emprunté ces jaroles, appelle Joas le précieux r«?ste de lamaison de David. Josèphe zm parle dans les mêmes termes: et l’Ecriture dit expres-sément que Dieu n’extermina pas toute la famille «le Joram , voulant conserver àDavid la lampe qu’il lui avait promise. Or cette lampe, qu’étail-ce autre chose«juclu lumière qui devait être un jour révélée aux nations?
L’hisioire ne spécifie point le jour où Joas fut pr«>c!amé. Quelques interprètesveulent que ce tut un jour ,de fête. J’ai choisi celle de la Pentecôte , qui étaitl’une des trois grandes fêtes des Juifs. On y célébra^ la mémoire de la publicationde lu loi sur le mont Sinaï, et on y offrait aussi à Dieu les prémiers pains de lanouvelle moisson; ce «pii faisait qu’on la nommait encore la fête des prémices. J’aisongé que ces circonstances me fourniraient quelque variété pour les chants du chœur.
Ce chœur est composé de jeunes filles de’la tribu «le Lévi, et je mets à leur têteune fille «pie je donne pour sœur à Zacharie. C’est elle «ptl introduit le chœur chezsa mère. Elle chante avec lui , porte la parole pour lui, el fuit enhn les fonctions.‘de ce personnage des anciens chœurs «pi’on appelait le coryphée. J’ai aussi essayéd’imiter des anciens cette continuité d’a«‘tiou «pii fait que leur théâtre ne dent. urt*jamais vide, les intervalles «les actes n’étant inanpiés que par des hymnes et pardes moralités du chœur, «jui ont rapport à ce <jui se passe.
On me trouvera peut-<‘tre un peu hardi «l’avoir osé mettre sur la scène uu pro-phète inspiré de Dieu, et qui prédit l’avenir, .Mais j’ai eu la précaution «le ne mettredans sa bouche «pie des expressions tirée# des prophètes mêmes. Quoique 1 Ecriturene dise pas en termes exprès «pie Joîada ait eu l’esprit «le prophétie, comme ellele «lit de son'fils, elle le représente comme un homme tout pl«ûn de l’esprit de Dieu.Et d’ailleurs ne parait-il pus , par l’Evangile , qu’il a pu prophétiser en qi*tlité desouverain pontife? Je suppose donc qu’il voit en esprit le funeste changement deJoas, qui, après trente années d’un règne fort pieux, s’almndonna aux mauvais con-seils des flatteurs, et se souilla du meurtre de-Zacharie, fils et suce«*sseur de ce grantl-prétre. Ce meurtre, commis dans le temple, fut une des principales caus«*s de lacolère de Dieu contre les Juifs, et de tous tes malheurs «pii leur arrivèrent «Inns (asuite. On prétend même que depuis ce jour-là les réponses de Dieu cessèrent en-tièrement dans le sanctuaire. C’est ce qui m’a donné lieu de faire prédise tout desuite à Joad et la destruction du temple et la ruine de Jérusalem. Mais comme lesprophètes joignent d'ordinaire les consolations aux menaces , et «pie d’ailleurs ils’agit de mettre sur le trône un des ancêtres du Messie, j’ai pris occasion de faire«•ntrevoir la venue *de ce consolateur, après le«piel tous les auciens justes sotipi.. rabmt. Cette scène, qui est une espèce d épisode, amène trè8-ua(urellement la nm-si«pie, par la coutume «pi’avaient plusieurs pr«>phptes d’entrer dans leurs saintstransports au son des instruments; témoin cette troupe d«*. prophètes «pii vinrentan-«levant de Suül avec «les harpes et des lyr«îs «pi’on portait devant eux ; et témoinElisée lui-même , qui, étant consulté sur l’avenir par le roi de Juda et par le roid’Israël, «lit, comme fait ici Joad, Adducite mihi psalten. Ajoutez à cela <jue cetteprophétie sert beaucoup à augmenter le trouble dans la pièce, par là consternationet par les différents mouvements où elle jette le chœur et les principaux acteurs.
* M. de Meaux. #