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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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AT11ALIE.

De leur superbe oreille offensait la mollesse ;

Autant je les charmais par ma dextérité,

Dérobant à leurs yeux la triste vérité,

Prêtant à leur fureur des couleurs favorables,

Et prodigue surtout du sang des misérables.

Enfin, au dieu nouveau qu’elle avait introduitPar les mains d’Athalie un temple fut construit.Jérusalem pleura de se voir profanée ;

Des enfants de Lévi la troupe consternéeEn poussa vers le ciel des hurlements affreux :

Moi seul, donnant l’exemple aux timides Hébreux ,Déserteur de leur loi, j’approuvai l’entreprise,

Et par là de Baal méritai la prêtrise ;

Par là je me rendis terrible à mon rival,

Je ceignis la tiare, et marchai son égal.

Toutefois, je l’avoue, en ce comble de gloire,

Du Dieu que j’ai quitté l’importune mémoireJette encore en mon âme un reste de terreur;

Et c’est ce qui redouble et nourrit ma fureur.Heureux si, sur son temple achevant ma vengeanceJe puis convaincre enfin sa haine d’impuissance,

Et parmi le débris, le ravage et les morts,

A force d’attentats perdre tous mes remords !

Mais voici Josabet.

SCÈNE IV.

JOSABET, MATHAN, NABAL.

MATHAN.

Envoyé par la reine

Pour rétablir le calme et dissiper la haine,Princesse, en qui le ciel mit un esprit si doux,

Ne vous étonnez pas si je m’adresse à vous.

Un bruit, que j*ai pourtant soupçonné de mensongeAppuyant les avis qu’elle a reçus en songe,

Sur Joad, accusé de dangereux complots,

Allait de sa colère attirer tous les Ilots.

Je ne veux point ici vous vanter mes services:

De Joad contre moi je sais les injustices;

Mais il faut à l’offense opposer les bienfaits.

Enlin je viens chargé de paroles de paix.