Buch 
Portraits contemporains / par C.-A. Sainte-Beuve
Entstehung
Seite
9
JPEG-Download
 

CHATEAUBRIAND.

9

nous n'aurons que cet avantage (1), nous essayeronsden dire quelque mot. Cétait, comme on le sait, dansun salon réservé, à lombre dune de ces hautes renom-mées de beauté auxquelles nul nest insensible, puis-sance indéfinissable que le temps lui-même consacreet dont il fait une muse. La bonté ingénieuse surtout,si une fois elle a été unie à la beauté souveraine, etna composé avec elle quun même parfum, est unegrâce qui devient enchanteresse à son tour et qui nepérit pas. Dans ce salon, quil faudrait peindre, toutdispose à ce quon y attend, dont la porte reste entrou-verte sur le monde qui y pénètre encore, dont les fe-nêtres donnent sur le jardin clos et sur les espaliers enfleur dune abbaye, on a donc lu les Mémoires du vivantle plus illustre, lui présent, Mémoires qui ne paraîtrontau jour que lui disparu. Silence et bruit lointain,gloire en plein régnante et perspective dun mausolée,confins du siècle orageux et dune retraite ensevelie,le lieu de la scène était bien trouvé. Dans ce salonétroit, et qui était assez peu et assez noblement rem-pli pour quon se sentît fier dêtre au cercle des préfé-rés, il était impossible, durant les intervalles de lalecture, ou même en lécoutant, de ne pas ségarer auxsouvenirs. Ce grand tableau qui occupe et éclaire toutela paroi du fond, cest Corinne au cap Misène : ainsile souvenir dune amitié glorieuse remplit, illuminetoute une vie. En face, cette branche toujours verte de

(1) M. Janin venait décrire quelque article sur ces lectures,mais sans y avoir assisté.

1 .