16 PORTRAITS CONTEMPORAINS.
Dans le jeune parti républicain, M. Carrel est l’organed’un sentiment non moins vivace et incorruptible.
Religieusement, il ne tombe plus à l’esprit de per-sonne de chicaner M. de Chateaubriand sur quelquesdésaccords qui pouvaient faire le triomphe et la jubila-tion de l’abbé Morellet, de Ginguené, de Marie-JosephChénier. Ces honorables représentants ou héritiers duxvm e siècle ne soupçonnaient pas la grande révolutionmorale qui allait s’opérer dans les esprits des géné-rations naissantes. M. de Chateaubriand en a donnél’éclatant signal. Le premier, il s’est retourné contre lexvm e siècle et lui a montré le bouclier inattendu,éblouissant de lumière, et dont quelques parties étaientde vrai diamant. Si tout, dans ce brillant assaut, n’é-tait pas également solide, si les preuves qui s’adres-saient surtout à des cœurs encore saignants et à desimaginations ébranlées par l’orage ne suffisent plusdésormais, l’esprit de cette inspiration se continueencore; c’est à l’œuvre et au nom de M. de Chateau-briand que se rattache le premier anneau de cette re-naissance. Et pour ce qui est des contradictions, desluttes, des alternatives entre cet esprit chrétien, unefois ressaisi, et le monde avec ses passions, ses douteset ses combats, qui de nous ne les a éprouvées en soncœur? qui de nous, au lieu de prétendre accuser etprendre en défaut la sincérité de celui qui fit René,n’admirera, ne respectera en lui ce mélange de velléi-tés, d’efforts vers ce qu’on a besoin de croire, et derentraînements vers ce qui est difficile à quitter ? M. deChateaubriand, qui a eu l’initiative en tant de choses,