CHATEAUBRIAND.
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l’a eue aussi par ses orages intérieurs et par les vicissi-tudes de doute et de croyance qui sont aujourd’hui lesecret de tant de jeunes destinées. « Quand les se-mences de la religion, dit-il en un endroit de ses Mé-moires, germèrent la première fois dans mon âme, jem’épanouissais comme une terre vierge qui, délivréede ses ronces, porte sa première moisson. Survint unebise aride et glacée, et la terre se dessécha. Le Ciel eneut pitié, il lui rendit ses tièdes rosées; puis la bisesouffla de nouveau. Cette alternative de doute et de foia fait longtemps de ma vie un mélange de désespoir etd’ineffables délices. » Voilà en ces deux mots l’histoirereligieuse d’une âme qui est le type complet de beau-coup d’âmes venues depuis. Quand M. de Chateaubriandne confesserait pas cette lutte dans ses Mémoires, onen retrouverait l’empreinte continuelle dans sa vie, etelle y répand une teinte de mélancolie et de mystèrequi en achève la poétique beauté.
Mais quoique la destinée de M. de Chateaubriand,depuis l’année où elle apparaît avec le siècle sur l’ho-rizon, se manifeste, s’explique et resplendisse d’elle-même suffisamment, il y a bien des endroits inégaux,des transitions qui manquent, des effets dont les causesse doivent rechercher. 11 y a surtout, avant cette gloirepublique, avant ce rôle d’apologiste religieux, de pu-bliciste bourbonnien, de poète qui a chanté sa tristesseet qui s’est revêtu devant tous de sa rêverie, il y a,avant cela, trente longues années d’études, de travaux,de secrètes douleurs, de voyages et de misères; trenteannées essentielles et formatrices, dont les trente sui-