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Portraits contemporains / par C.-A. Sainte-Beuve
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206 PORTRAITS CONTEMPORAINS,

débauche et la connaissance affreuse quelle donne detoute chose., et les instincts insatiables et dépravésquelle inocule. Dautres ont essayé dépeindre tous lesmaux affaiblissants et le relâchement de la volonté,produits par un abandon tortueux et secret : lui, il sestattaché à peindre le mal orgueilleux, ambitieux, dune, curiosité insatiable, impie, le mal du Don Juan renou-velé : « Il y a, dit-il, de lassassinat dans le coin des« bornes et dans lattente de la nuit, au lieu que dans« le coureur des orgies bruyantes on croirait presque« à un guerrier : cest quelque chose qui sent le com-« bat, une apparence de lutte superbe : « Tout le« monde le fait, et sen cache ; fais-le, et ne ten cache« pas. » Ainsi parle lorgueil, et, une fois cette cuirasse« endossée, voilà le soleil qui y reluit. » Trois endroits,sans parler de celui auquel cette citation appartient,expriment et ramènent à merveille le sujet, le but dulivre, qui disparaît et sévanouit presque dans une tropgrande partie du récit : ce sont, le discours nocturne deDesgenais à son ami, la réponse éloquente dOctave àquelques mois de, et, au second volume, certainespages sur la curiosité furieuse, dépravée, de certainshommes pour ces hideuses vérités qui ressemblent àdes noyés livides. Ces trois endroits, dune effrayantevigueur, accusent dans lécrivain de vingt-cinq ans (1)une observation désespérément profonde ; malgré lacrudité de lexposition, les aveux y sont si réels et sisérieux que je ny blâmerai pas le cynisme, comme en

(1) M. de Musset est de décembre 1810.