M. ALFRED DE MUSSET.
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pocrate (1), comme du temps d’Adolphe et du nôtre.
Dans les dernières scènes entre Octave et Brigitte,après l’arrivée à Paris; dans ce conflit pénible, fatigué,tantôt sourd et tantôt convulsif, d’une jalousie fan-tasque et d’un amour épuisé, j’ai été frappé d’uninconvénient. Ces pages sont vraies en ce sens qu’ellesrendent des scènes qui ont pu se passer entre deux per-sonnages pareils (2), et qu’elles trahissent la confusiondes pensées qui ont pu s’agiter dans leur cerveau; maisl’art qui choisit, qui dispose, qui cherche un sommetet un fondement à ce qu’il retrace, avait-il affaire des’engager dans cette région variable d’accidents et decaprices, où rien n’aboutit? Avec des êtres arrivés àun certain degré d’expérience, de versatilité, de so-phisme à la fois et d’imagination dans la passion, onest sur les sables mouvants; il n’y a pas de raison pourqu’un résultat sorte plutôt que l’autre, pas de base oùasseoir un intérêt moral, une conclusion à l’usage detous. Pourquoi Octave ne poignarde-t-il pas Brigitte?Pourquoi le petit crucifix d’ébène aperçu l’arrête-t-il au
(1) Ils ont remarqué chacun à leur manière cet ennui né duplaisir.
(2) Au fond il est bien clair aujourd’hui que cette Confessionn’est que le récit, un peu voilé et dépaysé, du roman réel qui afourni depuis le sujet de ces autres romans, à peine voilés et dé-guisés, Elle et Lui par George Sand, Lui et Elle par M. Paul deMusset, Lui par M" ,e Louise Colet. Il ne reste plus à présent, pourdémêler le vrai dans ce conflit do récits passionnés et même en-venimés, qu’à attendre la publication des lettres écrites par lesdeux acteurs en jeu, lettres contemporaines des événements, etdont quelques-unes au moins ont été conservées soit par la per-sonne survivante intéressée, soit par des tiers.