214 PORTRAITS CONTEMPORAINS,
moment de frapper ? Accident, pur accident ! Le ventsouffle d’un côté ou de l’autre; le tourbillon de sablemouvant se met à courir dans ce sens : il aurait courutout aussi aisément dans le sens contraire. Je lerépète, on est dans la région des phénomènes, où l’art,cet ennemi de tout chaos, ne doit pas rester. On n’estpas en face d’une peinture, mais d’un mirage. Qu’adonc de commun le développement, l’analyse moraled’une passion, d’une situation, avec ce quelque chosede fatigué et d’exalté, de factice et de physique? « Tu« ne t’entends pas trop mal, se dit Octave à lui-même« en se rendant justice, à exalter une pauvre tête, et« tu pérores assez chaudement dans tes délires amou-« reux. » Le dernier chapitre, ce dîner en tête-à-têtede Brigitte et d’Octave aux Frères Provençaux, a ducharme; la résolution d’Octave part d’un noble cœur;il s’immole, il renonce à Brigitte, il l’accorde à Smith,et, malgré l’étrangeté du procédé, on n’y sent pas lemanque de délicatesse; mais pour qu’on pût jouir unpeu de cette situation nouvelle et plus reposée, pourqu’on y crût et qu’elle fût définitive aux yeux du lec-teur, il faudrait des garanties dans ce qui précède.C’est le lendemain même des fantaisies d’Octave quece charmant dîner a eu lieu, et que le départ de Smithet de Brigitte pour l’Italie se décide; qui nous répondque, l’autre lendemain, tout ne sera pas bouleverséencore, qu’Octave ne prendra pas des chevaux pourcourir après les deux amants fiancés par lui, que Bri-gitte elle-même ne raccourra pas à Octave? Il est clairqu’on ne laisse aucun des personnages ayant pied sur