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PORTRAITS CONTEMPORAINS.
ferait un petit recueil de pensées isolées, sans transi-tion* un chapitre à la façon de La Rochefoucauld, quiclasserait ce romancier de vingt-cinq ans parmi lesmoralistes les plus scrutateurs.
Le style de M. de Musset, dans la Confession, est,comme il l’est en général dans sa prose, vif, net, court,transparent; le tour aiséet concis, surtout dans les récitsdu second volume, se ressent de la prédilection quel’auteur affiche pour Candide et Manon Lescaut. Bien despaillettes pourtant, placées çà et là, annoncent le cou-sinage de Crébillon fils, de même* que des métaphoresun peu franches, qui se dressent tout à coup, attestentle culte enflammé du grand Sliakspeare. L’auteur, dontla plume devient plus sûre de jour en jour, a quelquechose à faire pour l’entière harmonie de tous ces élé-ments divers, et volontiers disparates. S’il n’a nullepart atteint à une élévation plus soutenue et plus éner-gique que dans le discours de Desgenais, il n’a nullepart non plus faussé sa manière plus évidemment quedans le chapitre n de la première partie, où l’histoireet la métaphysique se déguisent sous un incroyableabus de métaphores. L’auteur en commençant, etn’étant pas encore sûr de son effet, a voulu faire, onle sent, un déploiement inaccoutumé; plus tard, àmesure qu’il avançait, sentant que les vraies beautésne lui manquaient pas, il a osé être simple. J’ai noté,dans ce chapitre n, page 8, une phrase sur Napoléon,sur son arc, sur la fibre humaine qui en est la corde,et sur les flèches que lance ce Nemrod, et qui vonttomber je ne sais oii ; une pareille phrase, si on la
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