M. ALFRED DE MUSSET.
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un sol stable; on n’a, en fermant le livre, la clef finalede la destinée d’aucun. C’est un défaut essentiel danstoute œuvre d’art, l’insiste sur cet article de la contex-ture, parce que les trois quarts des gens jugent un'livre d’après une page, sur une beauté ou un défaut,sur une impression isolée, et non par une idée recueilliede l’ensemble. Les très-jeunes gens surtout n’y regar-dent pas si longtemps, et sans marchander sur leursimpressions, comme les taureaux ardents qui n’aper-çoivent que le voile de pourpre, ils s’y précipitent. Or,voir une chose en se souvenant d’une autre, soutenir,au sein de sa pensée, des rapports multiples et presquecontraires en les dominant, c’est l’opposé du taureauardent, c’est le propre du jugement humain par excel-lence ; et, dans l’exécution des œuvres, c’est la gloirede l’art. M. de Musset, qui a tant de couleur et de fraî-cheur dans l’imagination, tant de nerf dans le trait,tant de mordantes observations amassées, doit désor-mais viser à la composition d’un ensemble. La Confessionmontre qu’il aurait l’haleine; mais il ne s’y est pasassez donné le temps de la confection.
Si j’ai dit et redit de tant de manières le défaut quime semble fondamental, j’ai trop peu loué le charmefréquent, la grâce, le pittoresque ou la profondeur desdétails. M. de Musset est, de nos jeunes auteurs mo-dernes, celui duquel on tirerait peut-être le plus grandnombre de vives et saillantes épigraphes, c’est-à-direde pensées concises, colorées et comme inscrites surun caillou blanc. A ne prendre que les observationset maximes morales qui abondent dans ce livre, on