15RIZEDX ET AUGUSTE BARBIER. 227
Dieu , dit le poëte, mais qui possède à jamais l’universmoral, et qui, s’il doit mourir, ne mourra que commele père dè famille, après que toute sa race, la race desfils d’Adam, sera pourvue; — ce sont des vers commeceux-ci, inspirés par le joli pays de Livry, que M me deSévigné chérissait déjà :
.Sans projets, sans envie,
Ne cherchons désormais que l’oubli de la vie :
Que chaque objet qui passe, ou noble ou gracieux,
Nous attire, et sur lui laissons aller nos yeux;
Vivons hors de nous-méme ; il est dans la nature,
Dans tout ce qui se meut, et respire, et murmure,
Dans les riches trésors de la création,
Il est des baumes sûrs à toute affliction :
C’est de s’abandonner à ces beautés naïves,
D’en observer les lois douces, inoffensives.
L’arbre qui pousse et meurt où nos mains l’ont planté,
Et l’oiseau qu’on écoute après qu’il a chanté.
Quand les hommes n'ont plus que des songes moroses,Heureux qui sait se prendre au pur amour des choses,Parvient à s’émouvoir et trouve hors de lui,
Hors de toute pensée, un baume à son ennui !
Les comparaisons qui parlent naturellement à l’ima-gination du poëte appartiennent à la plus jolie et à laplus fraîche nature ; on y voit des chevreuils, des faonstimides, qui, les pieds dans le torrent, aspirent lesderniers feux du soleil ou boivent la rosée matinalesous le fourré. Si je l’osais dire, je trouverais dans cescomparaisons de l’artiste quelque secret rapport deconformité avec sa propre et intime organisation, avec