230 PORTRAITS CONTEMPORAINS.
— Trois Jambes de M. Auguste Barbier sont déjàconnus : la Curée, la Popularité, Fldole, lui ont faitun nom. Chacun a admiré en lui cette audace et cettepuissance de tout fouiller et de tout peindre, d’égalersa voix qui gourmande au mugissement de la clameurpublique, de monter son harmonie sifflante au diapa-son des barricades ou de l’émeute, de manière à êtreentendu. C’est, à vrai dire, le seul poëte que nous aitdonné la révolution de Juillet. Barthélemy, qui se sur-passe tous les jours dans la satire spirituelle et écla-tante, n’a fait qi^e poursuivre un rôle où lui et son amiMéry étaient depuis longtemps des maîtres. Un autrepoëte, trop rare au gré de ceux qui apprécient le talentsévère, M. Antony Deschamps, a publié trois satiresdans un sens opposé, et empreintes d’une teinte decette verdeur gibeline qu’il a comme puisée au com-merce de Dante; mais M. Antony Deschamps avait prisrang avant ce temps-là. M. Barbier, au contraire, estbien véritablement un enfant du soleil de Juillet. Jus-qu’à ce moment ses palettes incertaines se chargeaientde couleurs, ses imaginations se heurtaient sans pren-dre corps, sa muse ne trouvait pas jour; il attendait.Le-tonnerre serein de la grande semaine et quelquesVers d’André Chénier, dont le rhythme lui est revenu àl’oreille, ont décidé de sa vocation, et tout cet amas deverve et de peinture a débordé. Le jet a été violent,gigantesque, exagéré, mais de cette exagération en
presque d’être pâtre comme l’était en Écosse le Berger d’EttrickMais il a beau vouloir, l’art grec s’attache à lui, et se trahit enparfum sous cette âpreté (1833).