BRIZEUX ET AUGUSTE BARBIER. ‘231
partie voulue que comporte la satire, — sinon la satired’Horace, du moins celle de Juvénal, et qui pousse au-delà du réel dans certains cas pour mieux pouvoir yatteindre dans beaucoup d’autres. Il nous a sembléqu’en lisant les vers de M. Barbier plusieurs personnes,qui pourtant les admirent, n’y cherchent guère qu’unplaisir étrange, un tour de force inouï jusqu’à présent,des exploits pour les yeux, l’intrépidité extraordinairedans les plus périlleuses images que jamais poète aittentées. D’autres personnes, au contraire, d’un goûtplus féminin, se sont révoltées à ces mômes images, àces abus de parole où se délectent les audacieux. Desdeux côtés il y a méprise, ce nous semble, et jugementsuperficiel. Et pour répondre d’abord aux timorés quivous diront avec Boileau qu’ils fuient un effronté quiprêche la pudeur, nous maintenons qu’il est dans lasociété actuelle, et derrière le vernis fragile^de nosmœurs, des vices, des désordres, une corruption radi-cale qu’on peut ignorer à toute force, et, par là même,éluder avec bon goût dans la satire littéraire, mais qui,du moment qu’on y pénètre et qu’on les remue, sa-lissent inévitablement le vers comme la plaie hideusequ’il sonde salit le doigt de l’opérateur. Tout hommede notre âge, dont la vie n’a pas été celle d’une jeunefille de province, tout homme que ses passions ou lescirconstances ont mêlé aux diverses classes de notrecivilisation si vantée, et qui ne les a pas envisagées,comme trop souvent, avec des yeux cupides et un cœurendurci, celui-là sait fort bien ce qu’il y a de trop mi-sérablement vrai au fond de cette lie où M. Barbier a