238 PORTRAITS CONTEMPORAINS,
poëte, toute singulière qu’elle peut paraître, le faitmieux comprendre que ne le pourrait une plus longueanalyse.
L’ancien art catholique, et l’art plus varié des écolesqui se succèdent; la religion, aujourd’hui sans vie, ré-duite à des formes encore augustes dans leur inanité ;l’arène de l’antique politique foulée çà et là par quelquevieux prélat, quelque moine sale, par des pâtres velusou des mendiants en guenilles ; la liberté qui peut tou-tefois sortir jusque des fdets du pêcheur napolitain ;ce que retrouverait alors d’enchantement et de géniecette belle captive ressuscitée : voilà donc les idéesvraiment grandes qui ont tour à tour passé de l’âme dupoëte dans ses chants. Nous recommandons plus parti-culièrement à ceux que la pensée politique préoccupe,et qui aiment à voir le talent des artistes s’en fairel’auxiliaire et l’organe, cette troisième partie où sousle nom de Salvator, le géniq mécontent, sinistre et dé-couragé , est repris, remontré par l’homme du peupleen ces termes magnanimes :
Du peuple il faut toujours, poëte, qu’on espère,
Car le peuple, après tout, c’est de la bonne terre,
La terre de haut prix, la terre de labour;
C’est ce sillon doré qui fume au point du jour,
Et qui, rempli de sève et fort de toute chose,
Enfante incessamment et jamais ne repose.
C’est lui qui pousse aux cieuxles chênes les plus hauts;C’est lui qui fait toujours les hommes les plus beaux.
Sous le fer et le soc, il rend, outre mesure,
Des moissons de bienfaits pour le mal qu’il endure.
On a beau le couvrir de fange et de fumier,