272 PORTRAITS CONTEMPORAINS,
vité, a parfois des formules un peu ternes et des pesan-teurs, une imagination noble et sévère vient à proposla relever, l’éclaircir et lui prêter un lustre vrai quiajoute à la solidité. L’auteur, n’étant pas astreint parla nature de son sujet à un cadre rigoureux, intervienten quelques digressions avec chaleur et d’un ton ému,presque lyrique, qui va à l’éloquence. Je citerai sur-tout l’endroit où, discutant la loi du sacrilège de 1825,il se met lui-même en scène par un brusque mouve-ment, et se peint tel qu’il était alors sur ces matièresavec les agitations de son esprit et les perplexités de saconscience. Or, c’est là le point remarquable, ne pou-vant résoudre ses doutes directement, ni par la logiqueni par la conscience, il s’en tirait à l’aide de l’imagi-nation ; il se figurait en idée un grand spectacle, unereprésentation lugubre de ce que serait le châtimentdu sacrilège, et, reculant bientôt épouvanté, il criaitnon de toutes ses forces à cette loi sanglante qu’il avaitpresque invoquée d’abord sous sa forme abstraite. Jeciterai encore, comme beauté du même genre et naïveexpansion d’une nature croyante qui confesse ses pluschères illusions, tout le passage de l 'utopie rêvée durantl’année Marlignac. Il est curieux et profitable pour nouset les jeunes hommes de notre bord, qui n’avons riensenti de cela, mais qui avons passé également par nosrêves, d’étudier ce côté nouveau, primitivement inhé-rent à des convictions adverses qui sont en train denous revenir aujourd’hui. On ne saurait se mettre enrapport par trop d’aspects avec les âmes intelligenteset généreuses.