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SITUATION INTÉRIEURE
du monastère. L’amitié les unissait à Guilliman, jeuneFribourgeois que J.-J. de Staal, chancelier de Soleure,avait fait appeler à l’enseignement de l’histoire danscette ville ; mais comme l’ambassadeur de Henri IV yflétrissait du nom d’Espagnol tout ce qui s’opposait àses vues, Guilliman, élevé à Paris, dans les doctrinesde la ligue, se vit contraint à s’éloigner de sa patrie.Ce fut à Fribourg en Brisgau, les yeux tournés vers sesmontagnes, qu’il écrivit ses Antiquités. Il les dédia auxtreize cantons. Son livre n’en fut pas moins si mal reçupar ses compatriotes, qu’il se vit réduit à attendre del’étranger l’accueil qu’ils lui refusaient; l’empereurRodolphe le nomma son conseiller et l’historiographede sa maison. Goldast, pauvre gentilhomme thurgo-vien, paya pareillement de l’exil son amour pour unemuse ingrate : l’homme qui, le premier, a jeté du joursur les origines du droit germanique traîna dans lamisère une vie aventureuse.
Les lettres furent plus négligées encore durant lecours de la guerre de trente ans. Les fléaux, quiavaient, au delà du Rhin, ruiné l’instruction publiqueet livré jusqu’à la langue allemande en proie à l’étran-ger, avaient aussi chez les Confédérés arrêté la civili-sation dans sa marche. Les écoles n’avaient pas étérenversées, mais il est douteux qu’elles servissentplus à affranchir les intelligences qu’à les enchaîner.L’enseignement supérieur se renfermait, peu s’en faut,dans l’étude du latin, du grec et de l’hébreu. Il eûtdonné davantage qu’où puiser l’inspiration? Le seulchamp permis aux muses était l’éloge de quelque épaiset orgueilleux Mécène. La satire demeurait dans les