XIV.
MARIVAUX.
(
1688 — 1763 .
Quoique trop décrié aujourd’hui, on peut dire ce-pendant que Marivaux a été bien jugé; tous les criti-ques sont d’accord sur ses défauts et ses qualités;toutefois ceux qui ne le connaissent que par lesjugements généralement portés de lui, le mettent au-dessous de sa valeur, et s’ils font connaissance avecses œuvres, ils seront agréablement surpris en trou-vant beaucoup mieux qu’ils n’espéraient.
Marivaux est un homme de beaucoup d’esprit, unmoraliste délicat et un observateur d’une grande fi-nesse. Il faut ajouter qu’il est, sous le rapport de lamorale, un des écrivains les plus purs de son siècle.Il est non-seulement irréprochable, mais élevé. Com-plice de son temps dans ses opinions littéraires, il saitne pas l’être dans ses idées philosophiques, et il a tou-jours témoigné du respect à la religion.
Ce qui lui a nui, ce qui l’a perdu comme écrivain,c’est le goût d’une observation minutieuse qui n’estpas sans rapport avec l’espionnage. Il est l’espion et ledélateur du cœur humain ; il en a les allures, il a sanscesse l’oreille appliquée à la serrure, et ses délations