I.
LE CHANCELIER D’AGUESSEAU.
1668—1751.
D’Aguesseau appartient à une famille illustre dansla magistrature. De très bonne heure avocat du roi, ildevint plus tard procureur général, et enfin en 1718chancelier. Sa vie ne fut pas sans orages, par le faitde ses opinions et des événements politiques; maisdans ses ouvrages se reconnaît la remarquable em-preinte du calme intérieur. Déjà sous Louis XIV ilavait subi une sorte de disgrâce à l’occasion de la bulleUnigenitus. Nourri dans la magistrature française, ilen avait hérité l’esprit. Ce que les parlements ont suiviavec le plus de constance, c’est l’opposition aux ten-dances ultramontaines. Plus tard, sous la régence, ildut rendre les sceaux pour s’être opposé au systèmede Law. Il fut rappelé, disgracié de nouveau, rappeléencore. Il mourut chancelier. Appelé à jouer un rôlepolitique, il ne fut cependant pas homme politiquecomme le chancelier de L’Hôpital. D’Aguesseau estplus savant, meilleur écrivain, d’une culture plus éten-due que L’Hôpital; mais les qualités qui font l’hommed’État lui manquent. Il est, du reste, magistrat émi-nent. Probité, gravité des mœurs, science vaste et pro-