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MARIVAUX
tulée la Surprise de Vamour; ce litre pourrait convenirà presque toutes. On voit dans toutes un cœur defemme surpris ou insensiblement envahi par un sen-timent dont il paraît d’abord très éloigné ; on observeavec curiosité, pourvu qu’on ait une bonne loupe, lestransformations successives de cet embryon; on dé-couvre un mélange singulier de naïveté et d’hypocrisiedans un cœur tendre ; on le voit conspirant à la trom-perie qui s’essaye sur lui. C’est un plaisir pour lespectateur; mais est-ce un plaisir bien esthétique?Rien, dans ce genre, ne vaut la pièce des Fausses con-fidences. Le personnage principal, Araminte , est trèsnoble ; l’action est intéressante ; quant à la peinturedu cœur, c’est Racine en miniature ou en pieds demouche.
Marivaux a fait des romans, le Paysan parvenu , laVie de Marianne. Les personnages du premier sontsouvent vulgaires, et l’ensemble manque de distinc-tion ; mais la Vie de Marianne est le chef-d’œuvre del’auteur. Il s’y trouve, il est vrai, peu de plan, peud’invention, des digressions nombreuses, un épisodedisproportionné, vrai roman intercalé dans l’autre, etqui occupe bien le tiers de l’ouvrage. Mais les romansde Marivaux ne sont point romanesques quant à l’idéequ’ils donnent de la nature humaine. C’est un pre-mier et grand éloge. L’auteur égale Walter Scott pourla fidélité de la peinture. On voit que son intention estla représentation sincère de l’homme, et que le romann’est pour lui qu’une forme commode pour arriver àce but. De fait, sous le rapport de la vérité, Marivaux