MARIVAUX.
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« de sentiments sont les plus touchantes. Je les appelle« secrètes, parce que le cœur qui les a pour vous ne« vous les compte point, ne veut point en charger« votre reconnaissance ; il croit qu’il n’y a que lui qui« les sait ; il vous les soustrait, il en enterre le mérite ;« et cela est adorable... Je me jetai avec transport,« quoique avec respect, sur la main de cette dame,« que je baisai longtemps, et que je mouillai des plus« tendres et des plus délicieuses larmes que j’aie ver-te sées de ma vie : c’est que notre âme est haute, et« que tout ce qui a un air de respect pour sa dignité« la pénètre et l’enchante ; aussi notre orgueil ne fut-il« jamais ingrat (1). »
Enfin, Marivaux a beaucoup de vie, et souvent del’éloquence dans les discours, avec un flux de langue,il faut l’avouer, qui, s’il n’ôte rien à la vérité, ne laissepas de fatiguer un peu. On peut remarquer, en fait dediscours, celui de Marianne au ministre (2).
De plus, il est le seul auteur qui soit descendu dansle peuple, qui l’ait connu et qui s’en soit servi. Audix-septième siècle, La Bruyère seul s’en était infor-mé. La comédie n ; en avait fait qu’un repoussoir.
« Le peuple à Paris, dit Marivaux, n’est pas comme«^ailleurs. En d’autres endroits, vous le verrez quel-« quefois commencer par être méchant, et puis finir« par être humain. Se querelle-t-on, il excite, il ani-« me : veut-on se battre, il sépare. En d’autres pays,« il laisse faire, parce qu’il continue d’être méchant.« Celui de Paris n’est pas de même ; il est moins ca-
(i ) Troisième partie.
(2) Septième partie.