CHAPITRE VI. 341
tous deux dedans un cabinet avec le conte de Bod-well, elle cria tout hault qu’on lui baillast un cou-teau pour se tuer. Ceux qui estoient dedans lachambre l’entendirent. Ils pensent, si Dieu ne luyaide, qu elle se désespérera h » Ce prompt et violentdésaccord qui la désola sans la guérir est confirmépar le témoignage de Melvil. « On traitoit déjà cetteprincesse si mal, dit-il, qu’un jour, en présence deArthur Erskine, je lui entendis demander un poi-gnard pour se tuer, menaçant qu’autrement elle sejetteroit par les fenêtres 1 2 . »
Bothwell lui montrait des soupçons offensants etl’humiliait par ses grossières exigences. Dans la ja-lousie qu’il éprouvait ou qu’il affectait, il ne souf-frait aucune des anciennes familiarités de la reineavec qui que ce fût. Craignant sans doute qu’elle nese dégoûtât de lui aussi vite qu’elle s’était dégoûtéede Darnleÿ, il torturait son cœur afin de l’occuper,et la rendait malheureuse pour l’empêcher d’êtreinconstante. « Dès le lendemain de ses noces, écritencore Du Croc à Catherine de Médicis, elle n’ajamais esté qu’en pleurs et lamentations, (Bothwell)ne luy voullant donner liberté de regarder une seulepersonne, ni que personne la regardast, et il scavoit
1 Du Croc à Catherine de Médicis, Edimbourg, 18 mai1567, dans Labanoff, t. VII, p. 110, 111.
2 Mémoires de Melvil, t. I, p. 253.