446
MARIE STUART.
3 .
Ou ces sombres valléesOù je vois maintes-foisLes fleurs écheveléesSauteller sous mes doits?Ou les déserts repairesDe ces lieux solitaires,Qui seuls sont secrétairesDe mes piteux regrets?
4 .
Hélas, non ! car la playeCherche en vain guérison,Qui pour secours essayeAux choses sans raison.
Il vaut mieux que ma plainteRaconte son atteinteAmèrement,
A toi qui as contrainteMon ame en tel tourment.
O Déesse immortelle,
Escoute donc ma voix ,
Toy qui tiens en tutelleMon pouvoir sous tes loix.
Afin que si ma vieSe voit en bref ravie,
Ta cruautéLa confesse périePar ta seule beauté.
7 .
Ces flots qu’on voit descendre,De ces rochers icy,
Te pourroient bien apprendreL’horreur de mon soucy ;
Yeu que l’un d’amitiéSe fend par la moitié :
L’autre courant,
Avec moy de pitié
Par les champs va mourant.
6 .
L’on voit bien que nia faceS’écoule peu à peu ,Comme la froide glace *
A la chaleur du feu.
Et néantmoins la flàme,Qui me brûle et enflâmeDe passion,
N’émeut jamais ton ameD’aucune affection.
8 .
Ces buissons et ces arbresQui sont entour de moy,Ces rochers et ces marbresScavent bien mon émoy.Bref rien de la natureN’ignore ma blessure ;
Fors seulement,
Toy qui prens nourritureEn mon cruel tourment.
9 .
Mais s’il t’est agréableDe me voir misérableEn tourment tel,
Mon malheur déplorableSoit sur moy immortel 1 .
* Mémoires de Michel de Castelnau, deux vol. in-folio. Bruxelles, 1731, t. I,p. 549 et 550.