82
ALEXANDRE.
Où pourriez-vous ailleurs éviter la tempête?
Un plein calme en ces lieux assure votre tête.
Tout est tranquille...
AXIANE.
Et c’est cette tranquillitéDont je ne puis souffrir l’indigne sûreté.
Quoi! lorsque mes sujets, mourant dans une plaineSur les pas de Porus combattent pour leur reine;Qu’au prix de tout leur sang ils signalent leur foi ;Que le cri des mourants vient presque jusqu’à moi ;On me parle de paix 1 et le camp de Taxile ""Carde dans ce désordre une assiette tranquille !
On (latte ma douleur d’un calme injurieux !
Sur des objets de joie on arrête mes yeux !
CLÉOFJLE.
Madame, voulez-vous que l’amour de mon frèreAbandonne aux périls une tête si cbère?
U sait trop les hasards...
AXIANE.
Et pour m’en détournerCe généreux amant me fait emprisonner !
Et, tandis que pour moi son rival se hasarde,
Sa paisible valeur me sert ici de garde !
C LÉO FILE.
Que Porus est heureux ! le moindre éloignementA votre impatience est un cruel tourment :
Et, si l’on vous croyait, le soin qui vous travailleVous le ferait chercher jusqu’au champ de bataille.
AXIANE.
Je ferais plus, madame : un mouvement si beauMe le ferait chercher jusque dans le tombeau,Perdre tous mes États, et voir d’un œil tranquilleAlexandre en payer le cœur de Cléofile.
CLÉOFILE.
Si vous cherchez Porus, pourquoi m’abandonner ?Alexandre en ces lieux pourra le ramener.Permettez que, veillant au soin de votre tête,
A cet heureux amant l’on garde sa conquête.
AXIANE.
Vous triomphez, madame; et déjà votre cœurVole vers Alexandre. et le nomme vainqueur.