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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ACTE LII, SCÈNE VI.

SCÈNE VI.

ALEXANDRE, CLÉ0F1LE.

ALEXANDRE.

Madame, à son amour je promets mon appui :

Ne puis-je rien pour moi quand je puis tout pour luiSi prodigue envers lui des fruits de la victoire,

N’en aurai je pour moi qu’une stérile gloire?

Les sceptres devant vous ou rendus ou donnés,

De mes propres lauriers mes amis couronnés,

Les biens que j’ai conquis répandus sur leurs têtes,

Font voir que je soupire après d’autres conquêtes.

Je vous avais promis que l’effort de mon brasM’approcherait bientôt de vos divins appas;

Mais, dans ce même temps, souvenez-vous, madame ,Que vous me promettiez quelque place en votre âme.

Je suis venu : l’amour a combattu pour moi ;

La victoire elle-même a dégagé ma foi ;

Tout cède autour de vous : c’est à vous de vous rendre ;Votre cœur l’a promis, voudra-t-il s’en défendre?

Et lui seul pourrait-il échapper aujourd’huiA l’ardeur d’un vainqueur qui ne cherche que lui ?

CLÉOFILE.

Non, je ne prétends pas que ce cœur inflexibleGarde seul contre vous le titre d’invincible ;

Je rends ce que je dois à l’éclat des vertusQui tiennent sous vos pieds cent peuples abattus.

Les Indiens domptés sont vos moindres ouvrages ;

Vous inspirez la crainte aux plus fermes courages ;

Et, quand vous le voudrez, vos boutés , à leur tour,Dans les cœurs les plus durs inspireront l’amour.

Mais, seigneur, cet éclat, ces victoires, ces charmes,Me troublent bien souvent par de justes alarmes :

Je crains que, satisfait d’avoir conquis un cœur,

Vous ne l’abandonniez à sa triste langueur;Qu’insensible à l’ardeur que vous aurez causée,

Votre âme ne dédaigne une conquête aisée.

On attend peu d’amour d’un héros tel que vous :

La gloire fit toujours vos transports les plus doux ;

Et peut-être, au moment que ce grand cœur soupire,