ACTE III, SCÈNE VII. S9
Songerez-vous, seigneur, qu’une jeune princesseAu fond de ses États vous regrette sans cesse,
Et rappelle en son cœur les moments bienheureuxOù ce grand conquérant l’assurait de ses feux?
ALEXANDRE.
Hé quoi ! vous croyez donc qu’à moi-même barbareJ’abandonne en ces lieux une beauté si rare?
Mais vous-même plutôt voulez-vous renoncerAu trône de l’Asie, où je vous veux placer ?
CLÉOFILE.
Seigneur, vous le savez, je dépends de mon frère.
ALEXANDRE.
Ali ! s’il disposait seul du bonheur que j’espère,
Tout l’empire de l’Inde asservi sous ses loisBientôt en ma faveur irait briguer son choix.
CLÉOFILE.
Mon amitié pour lui n’est point intéressée.
Apaisez seulement une reine offensée ;
Et ne permettez pas qu’un rival aujourd’hui,
Pour vous avoir bravé, soit plus heureux que lui.
ALEXANDRE.
Porus était sans doute un rival magnanime :
Jamais tant de valeur n’attira mon estime.
Dans l’ardeur du combat je l’ai vu, je l’ai joint ;
Et je puis dire encor qu’il ne m’évitait point :
Nous nous cherchions l’un l’autre. Une fierté si belleAllait entre nous deux finir notre querelle,
Lorsqu’un gros de soldats, se jetant entre nous,
Nous a fait dans la foule ensevelir nos coups.
SCÈNE VII.
ALEXANDRE, CLÉOFILE, ÉPHESTION.
ALEXANDRE.
Eli bien! ramène-t-on ce prince téméraire?
ÉPHESTION.
On le cherche partout ; mais quoi qu’on puisse faireSeigneur, jusques ici sa fuite ou son trépasDérobe ce captif aux soins de vos soldats.
Mais un reste des siens entourés dans leur fuite,
Et du soldat vainqueur arrêtant la poursuite,
s.