173
ACTE I, SCÈNE Vil.
CHICANEAL.
Ce n’est rien dans le fond.
* LA COMTESSE.
Monsieur, que je vous die...
CHICANEAU.
Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en çà,
Au travers d’un mien pré certain ânon passa,
S’y veautra, non sans faire un notable dommage,
Dont je formai ma plainte au juge du village.
Je fais saisir I’ânon. Un expert est nommé ;
A deux bottes de foin le dégât estimé.
Enfin, au bout d’un an, sentence par laquelleNous sommes renvoyés hors de cour. J’en appelle.Pendant qu’à l’audience on poursuit un arrêt,Remarquez bien ceci, madame, s’il vous plaît,
Notre ami Drolichon, qui n’est pas une bête,
Obtient pour quelque argent un arrêt sur requête ;
Et je gagne ma cause. A cela que fait-on ?
Mon chicaneur s’oppose à l’exécution.
Autre incident : tandis qu’au procès on travaille,,
Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille.
Ordonné qu’il sera fait rapport à la courDu foin que peut manger une poule en un jour :
Le tout joint au procès. Enfin, et toute choseDemeurant en état, on appointe la causeLe cinquième ou sixième avril cinquante-six.
J’écris sur nouveaux frais. Je produis, je fournisDe dits, de contredits, enquêtes, compulsoires,Rapports d’experts, transports, trois interlocutoires,Griefs et faits nouveaux, baux et procès-verbaux.J’obtiens lettres royaux, et je m’inscris en faux.Quatorze appointements, trente exploits, six instances,Six-vingts productions, vingt arrêts de défenses,
Arrêt enfin. Je perds ma cause avec dépens,
Estimés environ cinq à six mille francs.
Est-ce là faire droit? est-ce là comme on juge?
Après quinze ou vingt ans ! Il me reste un refuge ;
La requête civile est ouverte pour moi,
Je ne suis pas rendu. Mais vous, comme je voi,
Vous plaidez?
15 .