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ACTE V , SCÈNE VUE
Madame, sans mourir elle est morte pour lui.
Vous savez dé ces lieux comme elle s’est ravie :Elle a feint de passer chez la triste Octavie ;
Mais bientôt elle a pris des chemins écartés,
Où mes yeux ont suivi ses pas précipités.
Des portes du palais elle sort éperdue.
D’abord elle a d’Auguste aperçu la statue;
Et mouillant de ses pleurs le marbre de ses piedsQue de ses bras pressants elle tenait liés :
« Prince, par ces genoux, dit-elle, que j’embrasse,
* Protège en ce moment le reste de ta race :
« Rome, dans ton palais, vient de voir immoler
* Le seul de tes neveux qui te pût ressembler.
« On veut après sa mort que je lui sois parjure-
« Mais, pour lui conserver une foi toujours pure,
« Prince, je me dévoue à ces dieux immortels« Dont ta vertu t’a fait partager les autels. »
Le peuple cependant, que ce spectacle étonne ,
Vole de toutes parts, se presse, l’environne,S’attendrit à ses pleurs, et, plaignant son ennui,D’une commune voix la prend sous son appui.
Ils la mènent au temple, où depuis tant d’annéesAu culte des autels nos vierges destinées ~
Gardent fidèlement le dépôt précieux
Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux.
César les voit partir sans oser les distraire.
Narcisse, plus hardi, s’empresse pour lui plaire :fl vole vers Junie, et, sans s’épouvanter,
D’une profane main commence à l’arrêter.
De mille coups mortels son audace est punie ;
Son infidèle sang rejaillit sur Junie.
César, de tant d’objets en même temps frappé,
Le laisse entre les mains qui l’ont enveloppé.
Il rentre. Chacun fuit son silence farouche :
Le seul nom de Junie échappe desabouche.
Il marche sans dessein : ses yeux mal assurésN’osent lever au ciel leurs regards égarés :
Et l’on craint, si la nuit jointe à la solitudeVient de son désespoir aigrir l’inquiétude,
Si vous l’abandonnez plus longtemps sans secoursQue sa douleur bientôt n’attente sur ses jours.