284
BÉRÉNICE.
Alliez-vous de mon cœur recevoir le tribut;
Titus, pour mon malheur, vint, vous vit, et vous plut.Il parut devant vous dans tout l’éclat d’un hommeQui porte entre ses mains la vengeance de Rome.
La Judée en pâlit : le triste AntiochusSe compta le premier au nombre des vaincus.
Bientôt, de mon malheur interprète sévèreVotre bouche à la mienne ordonna de se taire.
Je disputai longtemps; je fis parler mes yeux :
Mes pleurs et mes soupirs vous suivaient en tous lieux.Enfin votre rigueur emporta la balance;
Vous sûtes m’imposer l’exil ou le silence.
11 fallut le promettre, et même le jurer :
Mais, puisqu’en ce moment j’ose me déclarer,
Lorsque vous m’arrachiez cette injuste promesse,
Mon cœur faisait serment de vous aimer sans cesse.
BÉRÉNICE.
Ah ! que me dites-vous ?
ANTIOCHUS.
Je me suis tu cinq ans ,Madame, et vais encor me taire plus longtemps.
De mon heureux rival j’accompagnai les armes ;J’espérai de verser mon sang après mes larmes,
Ou qu’au moins jusqu’à vous porté par mille exploit-'Mon nom pourrait parler, au défaut de ma voix.
Le ciel sembla promettre une fin à ma peine :
Vous pleurâtes ma mort, hélas! trop peu certaine.Inutiles périls! Quelle était mon erreur!
La valeur de Titus surpassait ma fureur :
Il faut qu’à sa vertu mon estime réponde.
Quoique attendu, madame, à l’empire du monde,
Chéri de l’univers, enfin aimé de vous,
Il semblait à lui seul appeler tous les coups;
Tandis que, sans espoir, haï, lassé de vivre,
Son malheureux rival ne semblait que le suivre.
Je vois que votre cœur m’applaudit en secret \
Je vois que l’on m’écoute avec moins de regret,
Et que, trop attentive à ce récit funeste,
En faveur de Titus vous pardonnez le reste.
Enfin, après un siège aussi cruel que lent,
11 dompta les mutins, reste pâle et sanglant