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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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BÉRÉNICE.

Alliez-vous de mon cœur recevoir le tribut;

Titus, pour mon malheur, vint, vous vit, et vous plut.Il parut devant vous dans tout l’éclat d’un hommeQui porte entre ses mains la vengeance de Rome.

La Judée en pâlit : le triste AntiochusSe compta le premier au nombre des vaincus.

Bientôt, de mon malheur interprète sévèreVotre bouche à la mienne ordonna de se taire.

Je disputai longtemps; je fis parler mes yeux :

Mes pleurs et mes soupirs vous suivaient en tous lieux.Enfin votre rigueur emporta la balance;

Vous sûtes m’imposer l’exil ou le silence.

11 fallut le promettre, et même le jurer :

Mais, puisqu’en ce moment j’ose me déclarer,

Lorsque vous m’arrachiez cette injuste promesse,

Mon cœur faisait serment de vous aimer sans cesse.

BÉRÉNICE.

Ah ! que me dites-vous ?

ANTIOCHUS.

Je me suis tu cinq ans ,Madame, et vais encor me taire plus longtemps.

De mon heureux rival j’accompagnai les armes ;J’espérai de verser mon sang après mes larmes,

Ou qu’au moins jusqu’à vous porté par mille exploit-'Mon nom pourrait parler, au défaut de ma voix.

Le ciel sembla promettre une fin à ma peine :

Vous pleurâtes ma mort, hélas! trop peu certaine.Inutiles périls! Quelle était mon erreur!

La valeur de Titus surpassait ma fureur :

Il faut qu’à sa vertu mon estime réponde.

Quoique attendu, madame, à l’empire du monde,

Chéri de l’univers, enfin aimé de vous,

Il semblait à lui seul appeler tous les coups;

Tandis que, sans espoir, haï, lassé de vivre,

Son malheureux rival ne semblait que le suivre.

Je vois que votre cœur m’applaudit en secret \

Je vois que l’on m’écoute avec moins de regret,

Et que, trop attentive à ce récit funeste,

En faveur de Titus vous pardonnez le reste.

Enfin, après un siège aussi cruel que lent,

11 dompta les mutins, reste pâle et sanglant