235
ACTE I, SCENE IV.
Des flammes, de la faim, des fureurs intestines,
Et laissa leurs remparts cachés sous leurs ruines :Rome vous vit, madame, arriver avec lui.
Dans l’Orient désert quel devint mon ennui !
Je demeurai longtemps errant dans Césarée,
Lieux charmants, où mon cœur vous avait adorée :Je vous redemandais à vos tristes États ;
Je cherchais, en pleurant, les traces de vos pas.
Mais enfin, succombant à ma mélancolie,
Mon désespoir tourna mes pas vers l’Ilalie :
Le sort m’y réservait le dernier de ses coups.
Titus en m’embrassant m’amena devant vous :
Un voile d’amitié vous trompa l’un et l’autre,
Et mon amour devint le confident du vôtre.
Mais toujours quelque espoir flattait mes déplaisirs -Rome, Vespasien, traversaient vos soupirs.
Après tant de combats, Titus cédait peut-être.Vespasien est mort, et Titus est le maître.
Que ne fuyais-je alors! J’ai voulu quelques joursl)e son nouvel empire examiner le cours.
Mon sort est accompli : votre gloire s’apprête.
Assez d’autres, sans moi, témoins de cette fête ,
A vos heureux transports viendront joindre les leurs :Pour moi, qui ne pourrais y mêler que des pleurs,D’un inutile amour trop constante victime ,
Heureux dans nies malheurs d’en avoir pu sans crimeConter toute l’histoire aux yeux qui les ont faits,
Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.
BÉRÉNICE.
Seigneur, je n’ai pas cru que, dans une journéeQui doit avec César unir ma destinée,
Il fût quelque mortel qui pût impunémentSe venir à mes yeux déclarer mon amant.
Mais de mon amitié mon silence est un gage :
J’oublie en sa faveur un discours qui m’outrage.
Je n’en ai point troublé le cours injurieux ;
Je fais plus, à regret je reçois vos adieux.
Le ciel sait qu’au milieu des honneurs qu’il m’envoieJe n’attendais que vous pour témoin de ma joie :
M'ec tout l’univers j’honorais vos vertus ;
Tilus vous chérissait, vous admiriez Titus.