392 Mémoires pour fervir
tenc, & le Miniftre n’étoit pas encore
afièz haï : ainfi elle n’avoic rien h crain*
dre.
On ne peut pas avoir toujours du bon-heur, & la viciffitude naturelle veut quele bien & le mal fuccedent l’un à l’au-tre. Il arriva dans cette faifon toute vic-torieufe que le Marquis de Léganès, fui-vant heureufement pour lui les ordres duRoi d’Efpagne fon maître, vint attaquerh minuit les retranchements de l’arméedu Roi à Lérida. Le Comte d’Harcourttenoit cette Place alfiégée , & on efpé-roit qu’elle feroit caufe que bientôt onchanteroit un Te Deum à Notre-Dame.Mais ce Général Efpagnol lui défit deuxrégiments, tua beaucoup d’Officiers, pritle canon , & fit lever le fiege à ce PrinceLorrain, qui de fa perfonne y fit des mer-veilles. Il eut trois chevaux tués fous lui ;mais il fut malheureux, en ce qu’il avoitentrepris ce fiege fans l’ordre du Minif-tre , & l’avoit continué de même. CePrince, qui avoit autrefois fait de bellesaétions, fut blâmé de tout le monde ; &les plus modérés croyoient lui faire unegrande grâce, de dire de lui qu’il étoitvaillant , mais qu’il ne favoit pas com-mander : tant il eft aifé de perdre ce peude fumée qui coûte fi cher.