268 Mémoires pour fervîr à FHift.tiré par les plaifirs, fe Jaifîoit aller facile-ment à eux. L’hyver, qui convie aux di-verdflèments, fie que le Roi & Monfieurqui crurent que les maux de la Reine leurmere ne finiraient pas fi-tôt, confentirencquafi , malgré leur raifon, à fuivre lesléntiments de la nature, qui,au-lieudelàdouleur, voudrait toujours de la joie.
La veille des Rois (le 5 Janvier1 666 , ) il y eut grand bal chez Mon-fieur : & malgré l’amitié qu’il avoit pourla Reine fa mere , il ne laiflà pas d’yprendre plaifir. Ce bal fut précédé parun grand foupé, accompagné de toutela magnificence requife en de telles oc-cafions. La Reine, qui n’alloit pointcette année aux divertiflèments, fit elle-même accommoder l’habit du Roi, quiétoit de drap violet, à caufe du deuilqu’il portoit du Roi d’Efpagne, fon beau-pere; mais fi couvert de groffès perles& de gros diamants , que c’étoit unechoie merveilleufe à voir. Monfieur &Madame étoient de même fort parés ;car l’un & l’autre n’étoient pas fâchésde faire voir qu’ils étoient aimables. Mon-fieur n’avoit pas de paffion dans l’amequi parût le tourmenter. Au-lieu d’aimerla beauté des Dames, il aimoit lui-mê-me à leur plaire par la fienne, & leurs