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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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J 26

LETTRE IX.

légitime de son propriétaire antérieur, il n’y eut plusrien d’électif. Un domaine fit le roi, comme un autrefaisait le duc, le comte, le vicomte ; et ainsi, fils de comtefut comte, fils de duc fut duc, fils de roi fut roi.

Et ce titre de roi, dont la signification actuelle est telle-ment fixe et absolue, on peut dire qu’il est, dans le sensque nous lui donnons, entièrement étranger à la languecomme aux mœurs des Franks et des anciens peuplesgermaniques. Roi, dans le dialecte usité par les conqué-rants du nord de la Gaule, se disait Koning , mot quisubsiste encore intact dans l’idiome des pays-Bas. Il n’estpas sans importance historique de savoir ce que signifieproprement ce mot, s’il a plusieurs sens, et quelle en estl’étendue, non pas selon les dictionnaires actuels de lalangue hollandaise, mais selon la force de l’ancien lan-gage.

Outre quelques fragments de poésie nationale, il nousreste dans l’idiome franco-tudesque plusieurs versions etimitations des Écritures, où ce mot est souvent employé.En rapprochant dans ces traductions le mot Koning dumot que l’écrivain germanique a voulu lui faire rendre,nous pourrons facilement démêler quelles idées les Frankseux-mêmes attachaient au titre dont ils décoraient leurschefs. D’abord, à l’un des chapitres de l’Évangile où ilest question d’Hérode, que le texte latin appelle Rex Ju-dœorum , les traducteurs le nomment Iudeono Koning ;puis, dans d’autres endroits, au lieu du titre de Koning ,ils lui donnent celui de Heri-Zog, chef d’armée. Cesdeux qualifications sont accordées indifféremment àHérode, que le latin nomme toujours Rex. De là peutse conclure la synonymie primitive des deux mots franksKoning et Heri-Zog , synonymie précieuse, puisque le