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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE IX.

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temen; la fidélité et la sujétion féodale. C'était de leurpart une véritable usurpation : ils y réussirent cependant,parce que l’habitude du vasselage, enracinée de plus enplus, effaça par degrés l’ancien esprit d’indépendancelocale, ou, pour mieux dire, nationale, qui durant cinqsiècles avait maintenu les deux tiers méridionaux de laGaule isolés de la domination franque. De cette rupturedu contrat féodal résulta, dans tout son complément, lamonarchie absolue.

Si l’unité monarchique en France dérive de la féoda-lité, de ce même système provient la succession hérédi-taire par droit de primogéniture. C’est la féodalité qui,transformant toutes les existences en des modes, de pos-session territoriale, tous les offices en des tenures, intro-duisit d’une manière fixe, dans l’ordre politique, l’héré-dité, règle naturelle des successions privées, à la placede l’élection, règle naturelle de la transmission des officespublics. Le chef suprême des anciens Franks, Koning(en latin Rex ), était un magistrat; comme magistratil était élu, quoique toujours dans la même famille. Leschefs inférieurs, Heri-Zoghe, Graven , Rakhen-Burgh *(en latin Duces, Comités, Judices) étaient aussi élus.Mais quand la féodalité fut complète, quand ce ne furentplus les hommes qui régirent les hommes, mais les terresqui régirent les terres, et par celles-ci les hommes eux-mêmes, chaque terre exerçant toujours ses droits par sonreprésentant légitime, c’est-à-dire par le successeur

1 Heri-Zoghe signifie proprement 'conducteur d’armée , du mot Ilere, armée,et du verbe Zichen, conduire. Grave, Graf, Gheref expriment, dans tous lesdialectes germaniques, l’autorité d’un magistrat secondaire. Rakken-Burghsignifie gens importants ou notables : la communauté les choisissait pourfaire l’otUce de juges et veiller à l’ordre public.