LETTRE X.
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tant qu’il distribuait entre ses enfants ses trésors ou seOterres, le roi n’avait besoin du consentement de per-sonne : il ne faisait qu’un acte de propriétaire ou de pèrede famille. Mais, pour faire accepter comme chef, parles guerriers, le fils auquel il avait donné ses biens, danstelle ou telle portion du territoire, il lui devenait indis-pensable d’obtenir le consentement de ceux-ci, et l’usageétait de le demander. De là le mélange apparent de pou-voir absolu et de délibération libre qui se présente dansles chroniques.
On se trompe beaucoup, lorsque, attribuant au titre deroi une signification ou trop ancienne ou trop moderne,on s’imagine que la conquête des Franks créa pour toutela Gaule un centre d’administration uniforme. Même dansle temps où les fils de Chlodowig assistaient à des jeuxpublics dans l’amphithéâtre d’Arles, et faisaient battre àMarseille de la monnaie d’or 1 , leur gouvernement, àproprement parler, n’existait qu’au nord de la Loire, oùhabitaient les tribus frankes. Hors de ces limites, toutel’administration consistait dans une occupation militaire.Des bandes de soldats parcouraient le pays comme desespèces de colonnes mobiles, afin d’entretenir la terreur,ou se cantonnaient dans les châteaux des villes, rançon-nant les citoyens, mais ne les gouvernant point, et lesabandonnant soit à leur régime municipal, soità une sortede despotisme exercé paternellement par les évêques 2 .
1 ...Germanorum reges Massiliam... ac maritima locaomnia... obtinue-runt. Jamque Arclale ludis Circensibus præsident, et nummos cuduntex auro Gallico, non Imperatoris, ut fleri solet, sed sua impressos effi-gie. (Procopii, Histor. de Francis , apud Script, rer. gallic. et francic., t. II,
p. 41.)
2 Les lois des derniers empereurs romains accordaient aux évêques ungrand pouvoir sur les municipalités. Ce pouvoir, accru de plus en plus