LETTRE XII
Sur l’expulsion de la seconde dynastie franke
Un fait extrêmement remarquable, c’est que dèsl’époque où, à parler rigoureusement, commence lanation française, il se prononce dans cette nation nou-velle un vif sentiment de répugnance pour la dynastiequi, depuis un siècle et demi, régnait sur le nord de laGaule. A la révolution territoriale de 888 correspond, dela manière la plus précise, un mouvement d’un autregenre, qui élève sur le trône un homme entièrementétranger à la famille des Karolings. Ce roi, le premierauquel notre histoire devrait donner le titre de roi deFrance, par opposition aux rois des Franks, est Ode, ou,selon la prononciation romane qui commençait à préva-loir, Eudes 1 , fils du comte d’Anjou Rodbert le Fort.Élu au détriment d’un héritier qui se qualifiait de légi-time, Eudes fut le candidat national de la populationmixte qui avait combattu cinquante ans pour former unÉtat par elle-même; et son règne marque l’ouvertured’une seconde série de guerres civiles terminées, aprèsun siècle, par l’exclusion définitive de la race de Karl leGrand. En effet, cette race toute germanique, se ratta-chant , par le lien des souvenirs et les affections de
1 Ode , oie ou othe signifiait riche dans tous les anciens dialectes de lalangue tudesque. On disait, dans la langue romane, Odes ou Eudes pourle hominatif, et Odon ou Euden pour les autres cas.