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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XII.

parenté, aux pays de langue tudesque, ne pouvait êtreregardée par les Français que comme un. obstacle à laséparation sur laquelle venait de se fonder leur existenceindépendante. L’idiome de la conquête, tombé en désué-tude dans les châteaux des seigneurs, s’était conservédans la maison royale. Les descendants des empereursfranks se faisaient honneur de comprendre cette languede leurs ancêtres, et accueillaient des pièces de vers com-posées par les poètes d’outre - Rhin L Mais loin d’aug-menter le respect pour l’ancienne dynastie, cette parti-cularité de mœurs ne servait plus qu’à lui donner unephysionomie étrangère qui blessait le peuple, et l’in-quiétait, non sans raison, sur la durée de son indépen-dance.

La suprématie des Germains sur tout l’Occident n’exis-tait plus; mais elle était remplacée par des prétentionspolitiques fondées sur le droit de conquête, qui pou-vaient aisément servir de prétexte à de nouvelles inva-sions, et menaçaient surtout la France, d’abord commevoisine, et ensuite comme seconde patrie des Franks.L’instinct de la conservation devait donc porter ce nou-vel État à rompre entièrement avec les puissances teuto-niques et à leur ôter pour jamais tout moyen de s’immis-cer dans ses affaires. Ce ne fut point par caprice, mais

' Tel est le chant triomphal composé en l’honneur du roi Louis, fils (leLouis le Bègue, après une victoire remportée sur les Normands, près deSeulcour en Vimeu. En voici les quatre premiers vers :

Einen Kuning weiz ichlîeisset herr Ludwig,

Der gerne Gott dienet,

Weil er ihms lohnet.

« Je connais un roi, son nom est le seigneur Ludwig, qui sert Dieuvolontiers, parce qu’il l’en récompense, etc. » (Voyez le tome IX duRecueil des historiens des Gaules et de la France, p. 99 et suiv.)