486
LETTRE XII.
celle (le la langue parlée en Aquitaine et en Provence. Ala fin du x e 'siècle, les pays de la langue d ’oc étaient sépa-rés du royaume de France par une aversion nationaleaussi prononcée que pouvait l’être celle qui existait entreles Français et les Allemands, ou, comme on disait surla frontière des deux langages, entre les Wallons et lesThiois 1 . Par une contradiction dont l’histoire offre beau-coup d’exemples, pendant que la France travaillait avectant d’énergie à assurer contre les Germains son indépen-dance, elle tendait à étouffer celle des États qui s’étaientformés au sud entre le cours de la Loire et la Méditerra-née. Si les habitants de l’Allemagne se croyaient maîtresdépossédés de la Gaule et de l’Italie, les Français, invo-quant aussi les traditions de la conquête franke, préten-daient dominer sur le reste des Gaulois jusqu’aux piedsdes Alpes et des Pyrénées. Dans la nouvelle opinion natio-nale, l’idée de domination au sud était inséparable de celled’affranchissement du côté du nord. Aussi chaque élec-tion d’un roi étranger à la famille de Charlemagne,depuis Eudes jusqu’à Hugues Capet, fut-elle presqueimmédiatement suivie d’une guerre sur la frontière dumidi, aux bords de la Loire, de la Vienne ou du Rhône.L’expression de cette vanité nationale se retrouve dansun diplôme du roi Raoul, où il s’intitule : « Roi, par la« grâce de Dieu, des Français, des Bourguignons et« des Aquitains, invincible, pieux, illustre et toujours
1 Ces deux mots de la vieille langue française répondaient aux moisIranks Walle et Teutske, et servaient à distinguer, en Belgique et en Lor-raine, ceux qui parlaient roman de ceux qui parlaient allemand. Walleou Wale est le substantif d’où dérive l’adjectif walsk ou welsk. Ce mot estemployé dans les anciennes gloses de la loi salique pour traduire le mollatin Romani.