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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XII.

qu'un comte de Périgord était souverain à aussi bon titreet aussi pleinement qu’un roi de France '.

La France, si nous prenons ce mot dans sa véritableacception nationale, n’a point commencé par être grande;bornée d’abord au pays qui s’étend de la Meuse à laLoire, de l’Epte et de la Vilaine aux montagnes de l’an-cienne Bourgogne, elle a eu de faibles commencements.Mais, depuis qu’elle existe comme État au centre de laGaule, elle n’a jamais fait de pas rétrograde, et c’est pardes conquêtes successives qu’elle a reculé ses limites jus-qu’aux rivages des deux mers. Ces conquêtes, d’une touteautre nature que les invasions des Franks, ont produitdes résultats durables, parce qu’elles étaient politiques,parce qu’elles n’avaient pas pour objet le simple partagedes richesses et des terres, mais le gouvernement du payssubjugué. Un événement qu’on peut regarder commefortuit, l’extinction du titre de roi dans tous les Étatsformés en Gaule autour du royaume central, en Lor-raine, en Bourgogne, en Bretagne et en Aquitaine, contri-bua surtout à rendre moins violente cette agrégation suc-cessive des différentes parties du sol gaulois. L’idée d’unehiérarchie des domaines et des territoires introduite parle système féodal prépara d’avance la réunion, en accou-tumant par degrés les seigneurs des duchés et des com-tés à ne point se croire les égaux de leur voisin aux fleursde lis. Ainsi l’état de fief est, dans l’histoire de nos pro-

* ...Hoc ei mandavit : « Quis te Comitem constituit? » Et Aldebertusremandavit ei : « Quis te Regem constituit? » (Ademari Cabanensis Chron.,apud Script, rer. gallic. et francic., t. X, p. 146.) Ce fameux trait d’histoirea été falsifié, comme beaucoup d’autres, par les historiens modernes, quifont dire au comte de Périgord: « Ceux qui t’ont fait roi. » Réponseabsurde, parce qu’elle détruit la séparation nationale enlre les Françaiset les Aquitains.