LETTRE XIV
Sur la marche de la révolution communale.
COMMUNES DU MANS ET DE CAMBRAI.
C’est dans la dernière moitié du xi e siècle que les docu-/ ments historiques présentent, pour la première fois, desvilles constituées en communes; mais ces documents sonttrop incomplets pour qu’on puisse dire en quel pays cettegrande révolution a pris naissance. Tantôt propagée deville en ville, tantôt éclatant dans plusieurs lieux d’unemanière simultanée, elle embrasse, dans ses développe-ments rapides, tous les pays de langue romane, à l’ex-ception de l’Espagne, que la conquête des Maures pla-çait, pour ainsi dire, hors du mouvement européen ’. Cemouvement avait son foyer partout où subsistaient,depuis le temps des Romains, d’anciennes vrlles munici-pales. On eût dit que la race indigène, après avoir pliépendant cinq cents ans sous les institutions de la con-quête, voulait, par un effort énergique, s’en affranchiret les éloigner d’elle. Alors, il est vrai, la distinction pri-mitive des races avait disparu; mais elle était en quel-que sorte remplacée par la différence des mœurs; lespouvoirs du temps étaient marqués à l’empreinte desmœurs germaniques : le mépris pour la vie et la pro-
1 Voyez, dans les Considérations sur l’histoire de France, chap. v et vi fles nouveaux aperçus que j’ai donnés sur la révolution municipaledu xue siècle.