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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XIV.

priété des faibles, l’amour de la domination et de laguerre formaient le caractère distinctif des seigneurs etdes membres du haut clergé ; tandis que le goût du tra-vail et un sentiment confus de l’égalité sociale étaientchez les habitants industrieux des villes, comme undébris de l’ancienne civilisation. Ce fut dans le mou-vement national contre les keisars franks que la classebourgeoise ou romaine (car au ix e siècle ces deux motsétaient synonymes) puisa le germe de cette énergie qu’onla vit porter, moins de trois siècles après, dans une nou-velle dévolution destinée à extirper des villes la puissancemilitaire ou féodale, et à la réduire, soit de force, soitde bon gré, à la possession des campagnes.

Si l’on compare attentivement les révolutions munici-pales du moyen âge aux. révolutions constitutionnellesdes temps modernes, on sera frappé de certaines ressem-blances que ces deux grands mouvements présentent dansleur ensemble et dans leur marche. Si les réformes poli-tiques du xn e siècle s’exécutent dans un bien plus petitcercle que celles du xviii 6 et du xix e , l’action, au moyenâge, est plus vive, et offre plus d’ensemble, parce quetous ceux qui y coopèrent sont gens de même état, n’ayantqu’un intérêt et qu’une idée. Sur le même espace deterre pour lequel une seule révolution suffit de nos jours,il en fallait des centaines au temps de l’établissement descommunes. Il fallait que chaque ville se fit une destinéeà part, et courût pour son propre compte toutes leschances de l’insurrection. Au reste, dans ces révolutionsmunicipales et dans celles des grands États modernes,même variété de formes, même empire du hasard dansles circonstances accessoires, même désir de pousser laréforme jusqu’à son dernier terme, et même impuissance