LETTRE XIV.
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du consentement du comte, malgré l’évêque, et qu’àAmiens l’évêque se rangea, contre le comte, du côté dela bourgeoisie. Dans le midi de la France actuelle, payssitué alors en dehors du royaume, les évêques se mon-trèrent en général amis des libertés bourgeoises et pro-tecteurs des communes. Mais dans la France proprementdite, en Bourgogne et en Flandre, tantôt secondés par lesrois, tantôt seuls, à l’aide des armes et de l’anathème, ilssoutinrent contre les communes une guerre qui ne setermina qu’après trois siècles, par la ruine simultanée desdroits politiques des villes et des privilèges seigneuriaux.
Cette différence remarquable provient de ce que, dansle midi de la Gaule, où la conquête franke ne pénétrajamais à fond, l’autorité temporelle des évêques avaitmoins que dans le nord perdu son caractère de magis-trature, pour s’assimiler au pouvoir des barons ou gensde la race conquérante 1 . A mesure qu’on approchait duRhin, l’on trouvait les traces de l’invasion germaniqueplus visiblement marquées : l’abus de la force était plusgrand, le pouvoir seigneurial plus despotique. Touthomme qui ne pouvait pas se dire chevalier était traitéen serf, et ce titre humiliant était celui dont les évêques,du haut de leurs palais crénelés, qualifiaient les habitantsdes villes métropolitaines. Mais cette dénomination expri-mait en général une prétention, plutôt qu’un fait; et lesbourgeois, par leurs fréquentes émeutes, par leurs liguesdéfensives et offensives, prouvaient que le servage descampagnes n’était pas fait pour les villes.
1 liar, en langue franke, n’a d’autre signification que celle de tir enlatin. Le sens politique de ce mot est venu de ce qu’il voulait direhomme dans l’idiome des conquérants. En langue romane, on disait ber»pour le nominatif singulier, et baron pour les autres cas.