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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XIV.

Au moment où s’éleva en France la première constitu-tion communale, il n’y avait presque pas une ville quin’eût en elle le germe d’un semblable changement 5 maisil fallait, pour le développer, des circonstances favora-bles. Il fallait surtout que l’exemple fût donné par quel-que ville voisine : tantôt c’était le bruit d’une insurrectionqui en faisait éclater d’autres, comme un incendie se pro-page; tantôt c’était une charte octroyée qui mettait letrouble dans la province. La révolution de Laon, la plussanglante de toutes, eut pour cause occasionnelle l’éta-blissement des communes de Saint-Quentin et de Noyon,l’une consentie par un comte, l’autre instituée par unévêque. Le coup frappé à Laon se fit aussitôt sentir àAmiens, puis à Soissons, puis à Reims. Enfin, pourtoutes les communes situées au nord de la Loire, l’exemplen’est pas même sorti du royaume de France; car les pre-mières en date furent celles du Mans et de Cambrai, deuxvilles qui, à l’époque de leur affranchissement, se trou-vaient hors du royaume, l’une sous la suzeraineté desducs de Normandie, et l’autre sous celle des empereurs.

L’histoire de la commune du Mans se rattache à cellede la fameuse conquête de l’Angleterre par les Nor-mands, en l’année 1066. Enclavé pour ainsi dire entredeux États beaucoup plus puissants, la Normandie etl’Anjou, le comté du Maine semblait destiné à tomberalternativement sous la suprématie de l’un ou de l’autre.Mais, malgré ce désavantage de position et l’infériorité deleurs forces, les Manceaux luttaient souvent avec énergiepour rétablir ou recouvrer leur indépendance nationale.Quelques années avant sa descente en Angleterre, le ducGuillaume le Bâtard fut reconnu pour suzerain du Mainepar Herbert comte de ce pays, grand ennemi de la puis-